Vaut-il mieux être le premier à innover ou le premier à copier ceux qui innovent ?

Posted by jyhuwart on 15/05/12

Vaut-il mieux être guépard ou vautour ?

Le coucou est-il plus intelligent que l’hirondelle qui, chaque année, s’exténue à fabriquer son propre nid, alors que le premier se contente de squatter le lit des autres ?

En matière d’innovation, cette question tient éveillé la nuit plus d’un directeur d’entreprise.

Cela vaut-il encore la peine d’investir en recherche et développement (R&D) ?

Hausse des coûts et des risques de la R&D…

Certaines entreprise se découragent, parfois.

Dans le secteur pharmaceutique, par exemple, il suffit parfois d’attendre et de produire sous modèle génériques des médicaments dont la propriété intellectuelle est tombe dans le domaine public après quelques années.

Les coûts de la R&D ne cessent de croître. Les risques augmentent, en raison de l’instabilité du contexte économique. Les délais de protection, et donc de rentabilisation des investissements, raccourcissent.

Pourquoi s’exténuer à investir dans l’innovation, alors que d’autres sont prêts à creuser les sillons pour les autres… ?

Devancer ou suivre de près ?

De plus, les innovateurs sont très exposés.

Le fabricant anglais Dyson en sait quelque chose. Trois mois à peine après le lancement de son sèche-mains rapide à air pulsé, un produit relativement révolutionnaire, la firme a vu arriver sur ce tout nouveau terrain des producteurs venus d’Asie, avec un appareil comparable.

Selon une enquête citée par le magazine The Economist, cette semaine, les pionniers ne captureraient en moyenne que sept pour-cent des nouveaux marchés qu’ils initient.

Dès lors, on peut comprendre que d’aucuns considèrent comme très confortable d’attendre que d’autres essuient les plâtres pour ensuite exploiter les nouveaux filons dégagés en développant rapidement des copies plus ou moins inspirées de l’original.

Limite floue entre inspiration et copie

La frontière entre inspiration et copie, néanmoins, peut s’avérer très ténue.

L’iPhone et l’iPad d’Apple ne sont pas nés du néant. La firme à la pomme s’est inspirée et a amélioré des idées (tablette, téléphone internet, etc.) que d’autres industriels avaient infructueusement tenté de commercialiser quelques années auparavant. Apple a conçu un terminal beaucoup plus convivial et l’a doté d’un écosystème efficace.

Beaucoup d‘autres marques célèbres ont démarré en imitant les tentatives d’autres acteurs plus aventureux ou plus créatifs qu’elles, au départ.

Ainsi, McDonald’s,par exemple, la célèbre chaîne de fast food, n’a pas inventé la restauration rapide. L’entreprise White Castle l’avait devancée. Mais McDonalds a hissé le concept à un niveau sur lequel son concurrent précurseur n’a jamais pu s’aligner.

Pouvoir être suiveur et innovateur

Apple, McDonald’s, et d’autres entreprises à succès ont été des suiveurs avant d’être des innovateurs.

Ils ont repéré et réparé les défauts des pionniers dans leur marché. Ils ont rendu les processus plus efficaces, le positionnement de marché meilleur. Ils ont tordu l’approche bâtie par les pionnier pour en rendre le produit ou le service irresistible pour un beaucoup plus grand nombre…

Si toute nouvelle filière nécessite qu’un premier acteur prenne un jour l’initiative pour lui donner le jour, le développement du marché lui-même implique que des suiveurs s’infiltrent ensuite dans la brèche.

Les guépards et les vautours se complètent pour équilibrer le système.

Samsung, LG, HTC (avec l’apport du Android OS de Google) ont singé la stratégie de Apple, une fois que celle-ci s’est montrée payante. Bien leur en a pris. Leurs revenus se sont inscrits en hausse. Dans son ensemble, le marché a grandi.

Avantage au pionnier… s’il gère bien son avance

Quoi qu’il en soit, le leader, aujourd’hui, dans le secteur des smartphones et des tablettes, n’en reste pas moins, et de loin, Apple.

Le groupe est affiche la plus grande capitalisation boursière du globe.

Si les copieurs peuvent devenir très prospères, les pionniers, lorsqu’ils gèrent correctement leurs risques et opportunités, le deviennent encore bien plus

Comment transformer son entreprise en incubateur d’innovation

Posted by jyhuwart on 03/05/12

Imaginons la situation suivante, dans une entreprise : une information arrive sur la table. Puis d’autres. Toutes convergent pour démontrer l’existence d’une opportunité dans un segment inexploré ou sous-exploité du marché.

Que se passe-t-il alors ?

Organisation matricielle oblige, il faut convaincre les différents départements de cette voie. Bâtir un consensus et s’assurer qu’ils joueront le jeu, tant en termes d’implication que d’affectation des ressources nécessaires.

Entre-temps, plusieurs mois ont été perdus. Rien ne confirme encore, à ce stade, que l’option choisie est la bonne.

Pire, au cours des mois écoulés, les paramètres de départ ont peut-être changé.

Enfin, le temps de recruter l’équipe, de mobiliser d’éventuels partenaires, il n’est pas rare qu’une organisation voie s’écouler une année avant qu’un nouveau projet innovation ne démarrer réellement.

Une extrême lenteur pour lancer de nouveaux projets

Or, tellement des choses peuvent avoir changer sur ce laps de temps : une technologie devient obsolète, un concurrent a changé de stratégie, une loi est en passe d’être modifiée, etc.

Une entreprise ne peut-elle envisager une autre façon, plus souple et plus rapide, de réagir aux changements d’environnement concurrentiel et de prendre des initiatives nouvelles ?

Outre sa lenteur, l’approche traditionnelle en matière de mise sur pied de projets innovants ne permet pas non plus de donner leur chance à de nombreux projets nouveaux.

Comme un incubateur

Karl Stark et Bill Stewart, deux consultants américains spécialisés dans l’accompagnement des entreprises en forte croissance, suggèrent, pour leur part, la possibilité de transformer une partie de l’organisation en véritable incubateur de projets innovants.

« Le potentiel intrinsèque d’innovation d’une organisation est souvent bridé, en raison de consignes telles que : Restez concentrés sur l’objectif », relèvent les deux consultants.

« Dans notre entreprise, poursuivent-ils, nous avons bâti une approche qui permet de ne pas seulement nous voir comme une entreprise, centrée sur un secteur d’activité unique, mais comme une plate-forme, à partir de laquelle il est possible de créer de multiples business différents. Et de les faire grandir. »

Pour Stark et Stewart, une organisation moderne peut accompagner ses dynamiques d’innovation de manière plus réactive et efficace en se voyant comme un incubateur d’innovation.

« Le truc est de parvenir à un bon équilibre entre une gestion rigoureuse de chaque poste de profit, pour s’assurer que l’organisation puisse atteindre ses objectifs, tout en autorisant les explorations périphériques, indispensables pour bâtir les nouvelles business lines de demain.« 

Se concevoir comme une plate-forme d’expérimentation

Comme un incubateur, une organisation peut offrir une plate-forme d’expérimentation, capable de nourrir… et de tuer un nombre beaucoup plus grand de projets et de pistes, notent les consultants.

Pour ce faire, la direction doit néanmoins accepter un certain nombre de principes clés.

Ces principes sont les suivants :

  • Adopter une logique d’expérimentation
  • Echouer rapidement (fail quickly)
  • Offrir du temps
  • Eviter de donner le sentiment de punir l’échec
  • Créer des occasions d’échanger sur l’avancée sans crainte de moqueries ou de critiques
  • et d’autres choses, comme ne pas nécessairement commencer par un business plan mais par une collecte objective d’informations et une phase de pré-test  (l’étape du business plan arrivant dans un second voir troisième temps)
A défaut de respecter ces principes de façon explicite, l’inhibition continuera de régner, insistent Stark et Stewart.

L’intrapreneuriat augmente les revenus et la rentabilité

Une organisation comme un incubateur d’innovation ? Cela signifie aussi une organisation qui s’ouvre à l’intrapreneuriat.
Pour le consultant danois Stefan Lindegaard, l’intrapreneurariat est le modèle naturel de l’innovation moderne. Avec beaucoup d’avantages.
« Premièrement, souligne Stefan Lindegaard, l’intrapreneuriat accroît, sur le court comme le moyen terme, la rentabilité des entreprises. Il allie innovation de rupture avec l’efficacité d’une structure commerciale eprouvée ».
« Deuxièmement, l’intrapreneuriat améliore l’image de l’entreprise et son sex appeal pour le recrutement de talents, poursuit le consultant danois, mentionnant l’exemple de l’entreprise Danfoss.
« Troisièmement, le développement d’initiatives intrapreneuriales provoque un effet de contagion positif sur le reste de l’organisation. Elles agissent sur la culture d’entreprise, inspirent de nouvelles vocations d’innovateurs et développent une plus grande agilité. »
Bref, il y a de quoi justifier, pour entreprise, le fait d’adopter l’esprit d’un incubateur…

La fin du modèle d’apprentissage tel que nous le pratiquons depuis des siècles

Posted by jyhuwart on 23/04/12

Le modèle d’enseignement et d’apprentissage, en général, soit celui en vigueur également dans les entreprises, n’a pas évolué au cours des derniers siècles.

En d’autres termes, l’approche consiste toujours, la plupart du temps, à recruter un professeur qui dispense son savoir de façon uni-directionnelle vers un groupe de personnes  passives, à initier (enfants ou adultes).

Plutôt que d’être centré sur un professeur, l’enseignement et l’apprentissage de demain va se centrer sur les élèves. L’expérimentation, la mentoring, l’autonomie, la mise en réseau seront les principes de base de l’éducation du 21ème siècle, quel qu’en soit le cadre, insiste cette présentation de Alvaro Gonzalez-Alorda.

View more presentations from Alvaro González-Alorda

Trop de responsables marketing B2B ne comprennent pas encore assez le web pour en exploiter correctement les données

Posted by jyhuwart on 18/04/12

« Les responsables marketing B2B vont devoir acquérir de plus en plus de compétences technologiques. Car le marketing professionnel sera, de façon croissante, centré l’analyse des paquets de données que les outils digitaux et internet nous permettent désormais de collecter en quasi temps réel. »

Lisa Arthur, une spécialiste du marketing digital auteur de ces lignes, sait de quoi elle parle.

Les responsables marketing B2B ont, de nos jours, grâce au web, potentiellement accès, en temps réel, à beaucoup plus de données sur leurs clients et leur marché que par le passé.

Pourtant, paradoxalement, peu, en fait, exploitent cette mine d’or de manière optimale.

Des données quantitatives et qualitatives peu ou pas exploitées

Le problème est d’abord un problème d’ignorance.

Selon une étude américaine publiée en 2011, 57% des responsables marketing de PME (essentiellement B2B) ne maîtrisent pas les outils conceptuels et technologiques leur permettant analyser correctement la masse des données pourtant disponibles.

Une autre enquête de 2012 confirme : 11,2% à peine des responsables marketing B2B seraient réellement capables d’intégrer et d’interpréter correctement les informations statistiques et qualitatives que fournissent des outils de mesures en ligne. Ne mentionnons que Google Analytics, le systèmes d’envoi de newsletters type Mailchimp, les statistiques de fréquentation sur les réseaux sociaux…

Ils ne savent souvent pas comment ils génèrent leurs contacts commerciaux sur internet, s’ils en génèrent.

Ils ne savent pas non plus comment relancer leurs prospects, avec quels instruments en ligne ou sur quelles plates-formes digitales…

Taux de conversion, c’est quoi ?

Cette ignorance est source d’importants coûts d’opportunité, estime Lisa Arthur.

L’immense masse de données brutes disponibles en ligne (via les moteurs de recherche, les réseaux sociaux, etc.), si elle était correctement exploitées, permettrait à chaque entreprise de comprendre beaucoup plus vite l’impact des différentes actions mises en oeuvre.

De là, elles pourraient ajuster en temps réel leurs campagnes et améliorer leur retour sur leurs investissement marketing…

  »Je discutait récemment avec une PME très fière d’indiquer qu’elles enregistraient quelque 30.000 visites par mois sur son site internet, relève, pour sa part, ce consultant basé en Autriche. Je lui ai tout à coup demandé son taux de conversion . Il m’a regardé médusé, incapable de me répondre… »

« De nos jours, être en mesure de distinguer les simples visiteurs d’un site internet, des prospects, des leads et des acheteurs fermes devrait être un minimum pour tout responsable marketing moderne », estime-t-il…

Quelques pratiques de base (rappel)

Il n’est pas question, ici, d’une dissertation sur les outils de mesure de l’impact des actions marketing réalisée en ligne.

Rappelons simplement quelques principes élémentaires pour la collecte, la mesure voire l’interprétation des données relatives à la présence sur le web :

  1. Qu’on le veuille où non, le positionnement sur les moteurs de recherche demeure la porte d’accès en ligne la plus probable via laquelle de nouveaux clients peuvent découvrir votre entreprise. Google Analytics permet de surveiller l’arrivée de nouveaux visiteurs. D’observer d’où ils viennent et quels mots-clés ils utilisent. Google analytics peut également apprendre quels sons les réseaux sociaux que fréquentent le plus vos utilisateurs, actuels et futurs.
  2. Une méthode éprouvée, le A/B testing, reste très utile pour collecter les informations sur, par exemple, l’efficacité d’un design graphique ou de la disposition d’un bouton sur un site internet. Chaque visiteur découvre des versions différentes du site web ou de la newsletter. L’entreprise mesure le taux de réaction pour chaque version afin d’identifier la meilleure.
  3. Le fait de segmenter davantage les profils et de proposer différents contenus en fonction de ceux-ci accroît nettement les taux de clics sur les newsletters et autres emails directs, selon une étude de MarketingSherpa. Cette augmentation peut aller jusqu’à 100%, voire au-delà. Il existe différente approches pour segmenter les différentes envois d’emails en fonction des cibles que l’on se fixe. La nature des clients, la localisation géographique, la situation dans le cycle de vente, etc.
  4. Le web n’est pas uniforme. Plusieurs types d’actions et de formats peuvent être activés pour segmenter davantage les bases de données de prospects. Un White Paper spécifique et très pointu, qui intéressera un public très averti et que l’on peut télécharger sur le site web; inscriptions à différentes versions de newsletters; abonnement à des mises à jours de produits différentes; inscription sur un groupe LinkedIn, etc.

Pourquoi l’open innovation offre de nombreuses opportunités aux startups

Posted by jyhuwart on 06/04/12

Les grandes entreprises et les institutions chargées de l’innovation (universités, centres de recherche…) sont confrontés à une complexité toujours plus grande des technologies et des marchés.

Dans le même temps, le niveau de prévisibilité par rapport aux évolutions de l’environnement économique rétrécit chaque année. L’innovation ne peut plus être une activité isolée.

Pour gagner en agilité et en réactivité, les grandes organisations sont de plus en plus prêtes à ouvrir leurs processus d’innovation aux startups.

Présentation donnée par Entreprise Globale à Marseille, le 2 avril dernier, à l’occasion d’une rencontre des responsables de transferts de technologie européens.



Comment BASF se voit, à terme, devenir une organisation 2.0

Posted by jyhuwart on 04/04/12

Jacques Lewiner : les leçons d’apprentissage d’un grand scientifique et entrepreneur de notre temps

Posted by jyhuwart on 03/04/12

Cette semaine, je participais à Marseille à une journée d’échange sur les transferts de technologie.

Le professeur Jacques Lewiner, de l’ESPCI Paris Tech était invité à prendre la parole.

Ce physicien de renom a travaillé directement avec deux prix Nobel de physique français, Georges Charpak et Pierre-Gilles de Gennes. Au cours de sa carrière, Jacques Lewiner a déposé plus de 1.000 brevets. Il est ainsi le recordman de la discipline dans l’Hexagone.

Lewiner a toujours voulu décloisonner les mondes scientifique, industriel et entrepreneurial.

Un pionnier du pont entre science et industrie

La réputation de Jacques Lewiner est aussi celle d’un homme d’affaires avisé. Il a emprunté avec succès le chemin difficile qui navigue entre la recherche scientifique pure et dure, d’un côté, la faculté de valoriser le résultat de ces recherches et développer de nouveaux produits commercialisables, de l’autre.

A ce titre, il a défendu très tôt la possibilité pour les scientifique de déposer des brevets en nom personnel, conseil qu’il s’est en premier lieu appliqué à lui-même.

Il fit les grands titres du journal Le Monde, voici plusieurs décennies lorsqu’il fut l’un des premiers scientifiques « statutaires » à louer un stand commercial lors d’un Salon professionnel.

« A l’époque, cela était encore perçu comme une hérésie », se souvient Jacques Lewiner. Nous étions censés nous limiter aux conférences académiques. »

Un apprentissage construit à coups d’erreurs

Jacques Lewiner n’est pas né avec le sens de la valorisation chevillé dès le départ au corps.

Sa faculté entrepreneuriale s’est construite au bout d’un lent apprentissage résultant de l’accumulation d’erreurs diverses.

« Un grand enseignement est que la valeur d’une information ou d’une recherche n’est pas toujours où l’on peut penser qu’elle se trouve au départ », dit-il.

« Avec une collègues, nous avions travaillé des mois durants sur l’expérimentation de ce que nous avions baptisé Electret, poursuit le professeur de ESPCI Paris Tech. Après de longs essais, nous étions parvenus à stabiliser la technologie et à pouvoir répéter les résultats. Au terme de ce long processus, hélas, que cela avait été inventé déjà un siècle plus tôt… Faute de débouchés clairs, à l’époque, cette découverte avait été abandonnée, puis oubliée… »

Le travail n’était pas perdu puisqu’il permit à Jacques Lewiner, pragmatique, de remettre cette technologie au goût du jour. Sans en être l’initiateur historique ou le propriétaire direct, il a pu adapter celle-ci et saisir les opportunités industrielles qui se présentaient cette fois.

Le chercheur a noué un partenariat avec un groupe industriel japonais. Aujourd’hui, ce dernier contrôle 50% du marché mondial des Electrets et réalise sur ce poste 1,3 milliard de $ de chiffre d’affaires.

La technologie n’est pas ce qui importe le plus, mais bien la compréhension du besoin

Quelques années plus tard, Jacques Lewiner et son équipe réfléchirent à l’utilisation des Electrets dans les claviers pour ordinateurs.

Cette application devait permettre de réduire le coût de production des claviers.

De nouveau, Jacques Lewiner put convaincre un partenaire industriel. De nouveau, toutefois, le postulat technologique de base n’a servi que d’amorce vers un parcours qui allait mené le chercheur sur une direction inattendue.

« Un jour, mon contact chez notre client industriel me raccompagne à ma voiture, relate Jacques Lewiner. Il me dit se réjouir de notre collaboration et me confie sans rire: ‘Ce serait encore mieux si nous pouvions fonctionner sans l’electret…’. J’ai cru défaillir. Cela semblait tellement contradictoire. L’electret était la raison d’être de notre collaboration… En y réfléchissant,  j’ai toutefois compris que les avaient évoluer. L’electret avait été le prétexte qui nous avait permis d’entrer dans l’entreprise. »

« Cela nous avait permis de comprendre le besoin industriel du client et de formuler différentes solutions, poursuit-il. L’electret n’était plus le centre de nos échanges. Une fois que nous avions compris cela, nous avons continué notre collaboration, sans l’electret… »

Grâce aux échanges, le scientifique a pivoté et pu développer une technologie appliquée mieux adaptée. Cette réactivité et cette écoute ont rendu l’approche meilleure.

L’équipe de Lewiner a pu faire la distinction avec la mission qu’elle s’était assignée, sans se coincer sur la question en s’enfermant sur son option technologique de départ.

« Ce genre d’expérience vous apprend mieux que n’importe quoi la différence concrètre entre la connaissance de laboratoire et la connaissance industrielle », pointe-t-il.

Ouverture à de multiples secteurs

Une technologie ou un entrepreneur ne doit pas non plus nécessairement, selon le physicien, se marier pour la vie à un seul secteur.

Jacques Lewiner ne s’est jamais laissé enfermer dans une logique uni-sectorielle. Il s’est ouvert à la chimie fine, à la biologie moléculaire ou aux télécoms. Là aussi, avec une approche très souple et pragmatique.

A la fin des années 90, le physicien, avec d’autres, avait repéré le potentiel d’une nouvelle technologie radio : bluetooth.

  »Nous avons créé un startup, Inventel, que nous avons décrite comme The bluetooth company, explique Jacques Lewiner. Nous étions convaincu du succès de bluetooth et voyons le Wi-Fi de haut. Nous avions tort. Le Wi-Fi, en fait, l’a emporté ».

« Nous avons analysé. Nous avons appris et avons viré sur l’aile. Nous sommes devenus Wi-Fi enabled. Nous nous sommes rebaptisés : The wireless company. »

De nouveau, ce pivot, consécutif à une longue phase d’apprentissage, s’est révélé payant. Inventel a mis au point le décodeur numérique pour l’accès internet haut débit numéro 1 du marché français.

Plus tard, l’entreprise fut reprise par le géant Thomson… qui n’a pu sauvegarder la dynamique d’innovation qu’avait la startup lorsque’elle était autonome… Quelques années plus tard, Thomson a perdu le marché.

L’importance des startups, de l’utilisation éthique du brevet et de la vision du présent

Cette expérience renforce aujourd’hui Jacques Lewiner dans la conviction que les startups ont un intérêt vital pour l’économie et la dynamique d’innovation.

Le brevet est aussi un outil majeur de création de valeur pour les structures et les individus. « Mais à condition d’être utilisé de façon éthique« , insiste Jacques Lewiner. Pas pour enrichir des cabinets d’avocats et faire de la prédation dans les tribunaux.

Enfin, le physicien français souligne la nécessité d’une attitude pragmatique, ouverte et attachée aux résultats tangibles.

« Lorsque les scientifiques, chercheurs et experts de la technologie tentent de mettre sur pied leur propre entreprise, il est important de les convaincre de ne pas vouloir absolument mettre sur pied la technologie et l’application de demain. Il faut mettre au point le produit ou le service que les consommateurs veulent aujourd’hui !« , conclut-il

 

Jacques Lewiner : les leçons d’apprentissage d’un grand scientifique et entrepreneur de notre temps

Posted by jyhuwart on 03/04/12

Cette semaine, je participais à Marseille à une journée d’échange sur les transferts de technologie.

Le professeur Jacques Lewiner, de l’ESPCI Paris Tech était invité à prendre la parole.

Ce physicien de renom a travaillé directement avec deux prix Nobel de physique français, Georges Charpak et Pierre-Gilles de Gennes. Au cours de sa carrière, Jacques Lewiner a déposé plus de 1.000 brevets. Il est ainsi le recordman de la discipline dans l’Hexagone.

Lewiner a toujours voulu décloisonner les mondes scientifique, industriel et entrepreneurial.

Un pionnier du pont entre science et industrie

La réputation de Jacques Lewiner est aussi celle d’un homme d’affaires avisé. Il a emprunté avec succès le chemin difficile qui navigue entre la recherche scientifique pure et dure, d’un côté, la faculté de valoriser le résultat de ces recherches et développer de nouveaux produits commercialisables, de l’autre.

A ce titre, il a défendu très tôt la possibilité pour les scientifique de déposer des brevets en nom personnel, conseil qu’il s’est en premier lieu appliqué à lui-même.

Il fit les grands titres du journal Le Monde, voici plusieurs décennies lorsqu’il fut l’un des premiers scientifiques « statutaires » à louer un stand commercial lors d’un Salon professionnel.

« A l’époque, cela était encore perçu comme une hérésie », se souvient Jacques Lewiner. Nous étions censés nous limiter aux conférences académiques. »

Un apprentissage construit à coups d’erreurs

Jacques Lewiner n’est pas né avec le sens de la valorisation chevillé dès le départ au corps.

Sa faculté entrepreneuriale s’est construite au bout d’un lent apprentissage résultant de l’accumulation d’erreurs diverses.

« Un grand enseignement est que la valeur d’une information ou d’une recherche n’est pas toujours où l’on peut penser qu’elle se trouve au départ », dit-il.

« Avec une collègues, nous avions travaillé des mois durants sur l’expérimentation de ce que nous avions baptisé Electret, poursuit le professeur de ESPCI Paris Tech. Après de longs essais, nous étions parvenus à stabiliser la technologie et à pouvoir répéter les résultats. Au terme de ce long processus, hélas, que cela avait été inventé déjà un siècle plus tôt… Faute de débouchés clairs, à l’époque, cette découverte avait été abandonnée, puis oubliée… »

Le travail n’était pas perdu puisqu’il permit à Jacques Lewiner, pragmatique, de remettre cette technologie au goût du jour. Sans en être l’initiateur historique ou le propriétaire direct, il a pu adapter celle-ci et saisir les opportunités industrielles qui se présentaient cette fois.

Le chercheur a noué un partenariat avec un groupe industriel japonais. Aujourd’hui, ce dernier contrôle 50% du marché mondial des Electrets et réalise sur ce poste 1,3 milliard de $ de chiffre d’affaires.

La technologie n’est pas ce qui importe le plus, mais bien la compréhension du besoin

Quelques années plus tard, Jacques Lewiner et son équipe réfléchirent à l’utilisation des Electrets dans les claviers pour ordinateurs.

Cette application devait permettre de réduire le coût de production des claviers.

De nouveau, Jacques Lewiner put convaincre un partenaire industriel. De nouveau, toutefois, le postulat technologique de base n’a servi que d’amorce vers un parcours qui allait mené le chercheur sur une direction inattendue.

« Un jour, mon contact chez notre client industriel me raccompagne à ma voiture, relate Jacques Lewiner. Il me dit se réjouir de notre collaboration et me confie sans rire: ‘Ce serait encore mieux si nous pouvions fonctionner sans l’electret…’. J’ai cru défaillir. Cela semblait tellement contradictoire. L’electret était la raison d’être de notre collaboration… En y réfléchissant,  j’ai toutefois compris que les avaient évoluer. L’electret avait été le prétexte qui nous avait permis d’entrer dans l’entreprise. »

« Cela nous avait permis de comprendre le besoin industriel du client et de formuler différentes solutions, poursuit-il. L’electret n’était plus le centre de nos échanges. Une fois que nous avions compris cela, nous avons continué notre collaboration, sans l’electret… »

Grâce aux échanges, le scientifique a pivoté et pu développer une technologie appliquée mieux adaptée. Cette réactivité et cette écoute ont rendu l’approche meilleure.

L’équipe de Lewiner a pu faire la distinction avec la mission qu’elle s’était assignée, sans se coincer sur la question en s’enfermant sur son option technologique de départ.

« Ce genre d’expérience vous apprend mieux que n’importe quoi la différence concrètre entre la connaissance de laboratoire et la connaissance industrielle », pointe-t-il.

Ouverture à de multiples secteurs

Une technologie ou un entrepreneur ne doit pas non plus nécessairement, selon le physicien, se marier pour la vie à un seul secteur.

Jacques Lewiner ne s’est jamais laissé enfermer dans une logique uni-sectorielle. Il s’est ouvert à la chimie fine, à la biologie moléculaire ou aux télécoms. Là aussi, avec une approche très souple et pragmatique.

A la fin des années 90, le physicien, avec d’autres, avait repéré le potentiel d’une nouvelle technologie radio : bluetooth.

  »Nous avons créé un startup, Inventel, que nous avons décrite comme The bluetooth company, explique Jacques Lewiner. Nous étions convaincu du succès de bluetooth et voyons le Wi-Fi de haut. Nous avions tort. Le Wi-Fi, en fait, l’a emporté ».

« Nous avons analysé. Nous avons appris et avons viré sur l’aile. Nous sommes devenus Wi-Fi enabled. Nous nous sommes rebaptisés : The wireless company. »

De nouveau, ce pivot, consécutif à une longue phase d’apprentissage, s’est révélé payant. Inventel a mis au point le décodeur numérique pour l’accès internet haut débit numéro 1 du marché français.

Plus tard, l’entreprise fut reprise par le géant Thomson… qui n’a pu sauvegarder la dynamique d’innovation qu’avait la startup lorsque’elle était autonome… Quelques années plus tard, Thomson a perdu le marché.

L’importance des startups, de l’utilisation éthique du brevet et de la vision du présent

Cette expérience renforce aujourd’hui Jacques Lewiner dans la conviction que les startups ont un intérêt vital pour l’économie et la dynamique d’innovation.

Le brevet est aussi un outil majeur de création de valeur pour les structures et les individus. « Mais à condition d’être utilisé de façon éthique« , insiste Jacques Lewiner. Pas pour enrichir des cabinets d’avocats et faire de la prédation dans les tribunaux.

Enfin, le physicien français souligne la nécessité d’une attitude pragmatique, ouverte et attachée aux résultats tangibles.

« Lorsque les scientifiques, chercheurs et experts de la technologie tentent de mettre sur pied leur propre entreprise, il est important de les convaincre de ne pas vouloir absolument mettre sur pied la technologie et l’application de demain. Il faut mettre au point le produit ou le service que les consommateurs veulent aujourd’hui !« , conclut-il

 

Les applications possibles du Coworking dans différents contextes

Posted by jyhuwart on 27/03/12

Le modèle coworking est né d’abord d’initiatives individuelles.

Aujourd’hui, des espaces de coworking sont mis en oeuvre dans d’autres contextes : c’est le réseau social physique, ou réseau social 3D.

Des campus d’université, des développeurs urbains, des centres de recherche, des incubateurs et même des entreprises mettent aujourd’hui sur pied des espaces de coworking pour favoriser l’interaction, la créativité, l’échange et la collaboration.

Résumé de ma présentation à Austin (Texas), lors de la conférence américaine sur le Coworking.



Lean startup et Lean innovation : un guide du management « scientifique » de demain

Posted by jyhuwart on 15/03/12

Peut-on transformer l’art de l’entrepreneuriat et de l’innovation en science ? Et peut-on en limiter les zones d’incertitude ?

Eric Ries, auteur du best-seller « Lean Startup » le pense. 

Cet ingénieur américain a expérimenté à la dure, et de l’intérieur, la vie d’entrepreneur dans la Silicon Valley.

Expérimenter et apprendre plus vite

Dans les années 2000, Eric Ries a participé à la création de plusieurs startups qui ont échoué.

A partir de cette expérience, ce dernier a mené un profond exercice d’introspection pour comprendre pourquoi les différents signaux pourtant perçus au cours de l’aventure n’ont pas permis de corriger le tir lorsqu’il en était encore temps.

La plupart du temps, constate Eric Ries, ces échecs étaient la résultante du syndrome de la « tour d’ivoire ».

Les innovateurs et entrepreneurs travaillaient seuls dans leurs bureaux jusqu’à la sortie du produit attendu, sans toucher aux hypothèses de départ en cours de processus. Jusqu’au succès ou, beaucoup plus souvent, à l’échec…

Ce schéma risqué ne serait pas une fatalité.

Pivoter : changer de stratégie sans changer de vision

« Après un échec, nous nous consolons en nous disant que, au moins, l’expérience fût riche d’apprentissage. Mais pourquoi faut-il attendre d’avoir échoué pour apprendre ? », s’interroge Eric Ries.

« Si nous intégrions plus vite les leçons que nous procure chaque jour notre projet lorsque nous le mettons au contact de la réalité, sans doute pourrions-nous éviter plus souvent le gâchis que constitue malgré tout un échec. »

Eric Ries a tiré de ces réflexions le concept de « pivot » qui permet de mettre en pratique cet apprentissage rapide. N’importe quelle innovation et/ou projet entrepreneurial est un pari.La part d’incertitude est toujours importante.

« Le pivot consiste à changer de stratégie très tôt dans la vie du projet tout en gardant la vision initiale sur laquelle s’est bâtie l’idée initiale », indique Eric Ries.

La notion de pivot procure un confort d’esprit nécessaire et la flexibilité permettant, sur base des informations et signaux collectés au cours des premières étapes du processus, d’ajuster en temps réel les hypothèses de base.

« A l’époque de notre startup, en créant juste une page web ou un prototype très basique, par exemple, nous aurions pu rapidement tester les idées auprès d’un petit groupe d’utilisateurs cibles et d’acteurs éclairés. Nous aurions pu intégrer ces informations dans notre réflexion et changer de direction avant qu’il ne soit trop tard… »

Tester, mesurer, pivoter

L’entreprise Groupon, illustre Eric Ries, est un exemple d’organisation capable de pivoter.

Après plusieurs mois de surplace, la firme a directement pris la mesure de ses apprentissages. Elle a adapté son approche de produit et de marketing par rapport aux informations qu’elle assimilait au jour le jour.

La firme a réalisé plusieurs pivots successifs.

Résultat, après quelques mois, Groupon a trouvé son modèle à succès, qui n’était pas celui de départ. Loin de là.  Depuis, l’entreprise a signé l’une des plus grandes introductions en bourse des Etats-Unis.

Ce scénario ne se serait sans doute pas produit si la direction s’était accrochée, même quelques mois de trop, à sa stratégie initiale.

Comme une suite d’expériences scientifiques

Le pivot s’apprend.

« Des méthodes existent. Mais c’est l’état d’esprit qui importe le plus, insiste Eric Ries.

Tester, mesurer, comprendre les réactions des consommateurs au contact d’une première proposition concrète.

Et puis, expérimenter encore et encore. Améliorer, re-tester. « Itérer« .

Comme dans le domaine de la recherche. Les découvertes scientifiques ne surviennent souvent qu’au bout de dizaines ou de centaines d’expériences.

Ainsi, l’expérimentation, l’analyse constante des données, peuvent-elles apporter une plus grande sécurité, une dimension plus scientifique, à l’art de l’innovation et de l’entrepreneuriat, estime Ries.

L’approche Lean Startup ou de Lean Innovation (terme inspiré des méthodes de Lean Management inventé par le constructeur automobile japonais Toyota dans les années 70) se distingue ainsi de l’approche classique des « focus groups », par exemple.

« La méthode des focus groups de consommateurs, qui parlent dans le vide, de façon virtuelle, sans avoir rien vu d’un premier prototype, peut avoir des effets pervers que l’approche par pivot n’a pas, ou a beaucoup moins », observe encore Eric Ries.


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